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S. RICHARD prieur de la SSS
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La chapelle du St
Sépulcre va recevoir prochainement une nouvelle cloche, nous avons interrogé le
prieur des pénitents bleus sur cet évènement exceptionnel.
Audrey Lopez : Monsieur
le prieur, la chapelle des pénitents bleus de Nice va recevoir une nouvelle
cloche, pouvez-vous nous dire comment est né ce projet ?
Sébastien Richard : La
chapelle du St Sépulcre est en chantier depuis 2019, l’intégralité des
intérieurs est actuellement en restauration. Dans ce cadre nous avons eu l’opportunité
de pouvoir faire des travaux sur le clocher pour électrifier le système
campanaire et pour intervenir sur les contrepoids des cloches qui nécessitent
une réfection totale. Dans ce cadre mes confrères Lucien Mari et Jean-Paul
Faraut, qui sont en charge du chantier, ont évoqué la possibilité de restaurer
la cloche fêlée qui se trouve du côté de la colline du château. Cette cloche,
qui a été réalisée en 1881 et qui a pour parrain l’architecte Philippe Randon,
devait donc être refondue. Au regard de la valeur de l’objet j’ai préféré
prendre la décision de conserver la cloche de 1881, de la déposer dans la
chapelle pour l’exposer au public, et d’en faire réaliser une nouvelle. Nous
avons demandé l’accord de la DRAC pour cette opération, il nous a été accordé à
condition que la nouvelle cloche soit conforme à l’ancienne pour ce qui
concerne le volume et la tonalité.
A. L. Quel est l’intérêt historique de la cloche déposée ?
S. R. Cette cloche a été réalisée
pour la confrérie par le fondeur Luigi Bimbi en Emilie-Romagne à la fin du
XIXème siècle, époque durant laquelle la chapelle du St Sépulcre connaît d’importants
travaux de remaniement et de décoration. C’est justement l’état de la chapelle
à ce moment précis qui sert de point de référence aux travaux de restauration
actuellement en cours. Il me semblait donc opportun d’exposer dans la chapelle
restaurée un objet liturgique qui a été réalisé dans le cadre du chantier de
réaménagement de la Belle Epoque. De plus cette cloche a été offerte à la
chapelle par Philippe Randon, ami fidèle de la confrérie et architecte renommé
de la Belle Epoque, à qui on doit plusieurs immeubles et hôtels à Nice et à
Menton, notamment le fameux Odéon du parc Chambrun à Nice. Cette cloche est
donc, comme l’ensemble de la chapelle, un témoignage de l’art religieux de la
Belle Epoque.
Cette cloche a aussi un autre
intérêt. Je disais qu’elle été fêlée, en fait elle a été trouée par un éclat d’obus
qui a explosé au cours des combats de la libération de Nice le 28 août 1944. Elle
porte donc aussi une cicatrice de l’histoire dont il convient de faire mémoire.
A. L. A quel saint sera dédiée la nouvelle cloche ? Qui est son
parrain ou sa marraine ?
S. R. La cloche sera dédiée à la
Madone du Sincaïre ! Les Niçois savent que la chapelle des pénitents bleus
a été bâtie en 1784 pour remplacer l’antique chapelle municipale Notre-Dame du
Sincaïre érigée après le Siège de 1543 pour remercier la Vierge Marie du
secours apporté à la ville de Nice dans sa lutte contre les Turcs. Les
pénitents bleus sont, depuis le Siège de 1705 et la destruction des remparts,
les gardiens de la statue de Notre-Dame du Sincaïre nommée par les Niçois la « Madone
du Secours » et ils continuent de prier à ses pieds pour lui présenter les
demandes de leurs concitoyens. La voix de la cloche invoquera donc la
protection de la Madone sur tous les Niçois.
Le
parrain de la cloche, chose inhabituelle, n’est pas son donateur. La cloche
fera mémoire du prieur Oreste Galiano (1923-2004), une haute figure des
traditions et de la langue niçoises. Oreste qui a été prieur de 1989 à sa mort
en 2004 s'est notamment impliqué dans le cadre de la troupe de théâtre de
Francis Gag et dans la création du groupe folklorique Nice La Belle. Il a été pendant
de nombreuses années à la tête du patronage « l’espérance » de l’église
St Augustin où il a fondé un atelier de théâtre qui avait une renommée
importante à Nice. C’était un homme de culture populaire mais surtout un homme
de bien dont la vie a été rapportée dans le document « Témoins du Christ dans les Alpes Maritimes »
édité par le diocèse. Avant de mourir il avait confié le soin à ses confrères
pénitents bleus de restaurer « sa » chapelle dont il disait : « elle est
belle parce que je l’aime… ». Son vœu aujourd’hui s’accomplit.
A. L. La nouvelle cloche doit porter une inscription en niçois.
Pourquoi ce choix et que dit précisément cette dédicace ?
S. R. Le niçois car Oreste avait
fait de la confrérie des pénitents bleus « la plus niçoise des sociétés de
pénitents »… lorsqu’il était prieur le niçois était la langue officielle
de la confrérie, la langue de la sacristie et la langue des offices. Moi,
pauvre successeur d’Oreste qui suis un piètre locuteur nissart, je n’ai pas su
perpétuer cet usage, donc l’inscription en niçois est à la fois un hommage et une
excuse à celui qui m’a reçu comme pénitent bleu en 1999. J’ai donc écrit le
texte en français et c’est Elisabeth Bondanelli, bien connue des Niçois, qui l’a
traduite en nissart.
(en aparté) Je vais vous confier mon sentiment, je pense qu’Oreste n’aurait
pas trop aimé qu’une cloche célèbre sa mémoire, il n’aimait pas qu’on le mette
en avant. Je l’entends me dire : « Tu as mis mon nom dessus de peur
qu’on me la vole ? » ou alors « c’est pour me dire que je lui
ressemble ?» cachant son malaise sous les traits de la plaisanterie comme
il avait l’habitude de le faire. Par contre s’il avait été parmi nous je lui
aurai expliqué que grâce à lui la cloche de sa chapelle est la seule de Nice
qui sonne en niçois. Et cela aurait été pour lui une immense fierté !
Alors je vous livre cette
inscription et sa traduction :
EN MEMÒRIA DÓU PRÌOU O. GALIANO MI SOUÒNI
OURESTINA.
CANTI MEI PENITENT BLU LA MADONA VITOURIOUA E LOU
SINCAIRE GLORIOUS.
MAIRE DÓU SECOURS GARDAS
LU NISSART.
CAPELA
RESTAURADA MMXXII. VOUT
ADEMPLIT.
En mémoire du prieur
O. Galiano je m'appelle Orestine.
Avec les pénitents
bleus je chante la Madone victorieuse et le Sincaïre glorieux.
Mère du Secours,
gardez les Niçois !
Chapelle restaurée.
2022. Voeu accompli.
La cloche portera aussi la croix
du St Sépulcre, les armoiries et l’emblème de la confrérie.
A. L. Qui a financé la fonte de la cloche et la restauration du clocher ?
S. R. Ces travaux sont
entièrement financés par des fonds privés. Grâce au travail acharné d’un de nos
confrères, Vincent Brault qui se trouve actuellement au Liechtenstein pour des
raisons professionnelles, nous avons pu entrer en contact avec des mécènes qui
financent des projets culturels. L’intégralité des travaux campanaires est donc
prise en charge par la société SAMMARTIN
KULTURSTIFTUNG de Vaduz au Liechtenstein représentée par Mme Anita LATERNSER et
M. Stephan KAUFMANN pour un montant de 44 689.58€. Je leur adresse ma plus
profonde gratitude ainsi qu’au ZOLDER STIFTUNG du Liechtenstein représenté par M. Maximilien MARXER qui prend
en charge la restauration du retable en stuc du maître-autel pour un montant de
15 600€. C’est la société Azur Carillon qui est chargée de l’exécution des
travaux campanaires de concert avec l’entreprise SMBR qui tient le chantier de
la chapelle.
A. L. Quand aura lieu la bénédiction de la nouvelle cloche ?
S. R. Orestine sera bénie le
samedi 26 mars prochain (ironie de l’histoire le 26 mars c’est l’anniversaire
de la fonte de la cloche de 1881 qui sera déposée…) dans le vestibule de la
chapelle du St Sépulcre par Mgr Bernard Barsi, archevêque émérite de Monaco, à
10h. Mgr Barsi connaissait Oreste, c’est lui qui avait présidé la messe pour
ses funérailles, nous nous réjouissons donc qu’il nous ait fait l’amitié d’accepter
cette charge. La famille d’Oreste et les autorités civiles seront aussi présentes
aux côtés des pénitents bleus pour ce moment de recueillement. A l’issue de l’office
de bénédiction les habitants du quartier Garibaldi et les Niçois sont invités à
venir visiter le chantier de restauration de la chapelle. Les travaux doivent
durer encore au moins deux ans, c’est l’occasion pour la confrérie de faire le
point sur ce chantier et de le présenter au public.
A. L. Quand Orestine chantera-t-elle dans le clocher du St Sépulcre ?
S. R. La semaine suivant la
bénédiction la cloche sera installée dans le clocher. Les différents travaux de
remise en état et d’électrification de l’ensemble campanaire devraient durer
une semaine mais il faudra attendre la fin du chantier pour qu’Orestine appelle
de nouveaux les pénitents bleus à l’office du dimanche soir.
La cérémonie se tiendra sous les arcades de la place Garibaldi, prenez cependant les précautions sanitaires nécessaires.