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mercredi 20 mai 2026

Les pénitents bleus et le Vœu de Nice

 Le « Vœu de Nice » fait référence à la consécration de la Ville à Notre-Dame des Grâces par les Consuls en 1832 pour implorer sa protection contre une épidémie de choléra, il désigne aussi les festivités commémorant annuellement l’événement. Au cours de ces festivités le maire de Nice renouvelle le vœu de ses prédécesseurs en présence du clergé, du conseil municipal et des représentants des confréries niçoises. Ce renouvellement est régulièrement, depuis quelques années, un point de tension entre les partisans d’une laïcité exacerbée qui y voient une entorse à cette valeur républicaine et les défenseurs des traditions et de l’identité niçoise qui le considèrent comme un particularisme hérité de l’histoire de la cité. La plupart des Niçois sont loin de ces chamailleries et voient dans ces célébrations une belle animation folklorique qui égaie la ville au printemps avec musique et pénitents en costumes, au cours de laquelle Monsieur le Maire se prête à l’exercice (plus ou moins compliqué… mais toujours très commenté…) de prononcer un discours en Niçois.

Ce que l’on sait moins c’est que l’origine de ce « Vœu de Nice » moderne s’inscrit dans un contexte historique particulièrement troublé où les pénitents bleus ont involontairement subi la défiance de leurs concitoyens à l’égard de la monarchie. En effet, depuis 1552, ce que l’on nomme le « Vœu de Nice » faisait référence au vœu formulé par les Consuls à la suite de la résistance héroïque des Niçois lors du Siège de 1543. C’est d’ailleurs inscrit au fronton de la chapelle sur la place Garibaldi: MDLII EX VOTO. Depuis 1552 le renouvellement du Vœu était ainsi l’occasion de grandes festivités conduites par la municipalité le 15 août de chaque année sur le site de la Madone du Sincaïre. Ces célébrations religieuses en l’honneur de la Vierge revêtaient un caractère éminemment politique, en particulier lorsque les consuls renouvelaient l’allégeance de la cité à la Maison de Savoie (acte dont témoigne la plaque de consécration de la chapelle du Sincaïre de 1602 conservée aujourd’hui dans la chapelle des Pénitents Bleus). Or en 1852, alors que les Niçois devaient célébrer en grande pompe le 3eme centenaire du Vœu, les festivités du Sincaïre furent déprogrammées par la Ville qui, avec l’accord de l’évêque de Nice, choisit précisément cette date pour organiser la consécration solennelle de l’église ND des Graces dont la construction s’achevait après onze années de travaux. 

Un Vœu chasse l’autre et, en 1852, on célébra la délivrance anti-cholérique de 1832 plutôt que la victoire sur les Turcs de 1543… par répercussion les Pénitents Bleus furent évincés de l’organisation de la manifestation pieuse. L’événement peut paraître anecdotique mais si on se penche sur la symbolique propre à chacun de ces deux Vœux et sur le contexte politique des années 1850-52 on parvient à déceler la trame d’un transfert chargé d’amertume. 

En effet rappelons-nous que le la mémoire du Vœu de 1552 était dominée par la célébration du lien entre le souverain et la cité, entre la monarchie de Savoie et la Ville de Nice, elle était aussi la célébration d’une victoire militaire qui fit de Nice une place-forte de la chrétienté sous la bannière croisée du Duc de Savoie. Or en 1852 la Maison royale peinait à se relever de l’abdication de Charles-Albert et de l’inique Proclamation de Moncalieri par Victor-Emmanuel, de plus les faits d’armes de la couronne dont chacun parlait alors étaient l’humiliante défaite de Novare et surtout l’infâme saccage de la ville de Gènes par les bersaglieri de La Marmora. Comment célébrer les victoires du souverain quand il capitule face à l’Autriche et quand il brise cruellement le rêve héroïque d’une Italie libre? Nice et ses élites protestèrent mais, courage n’étant pas témérité, l’opposition à Turin prit la forme symbolique de la substitution d’un Vœu à un autre. Le roi avait offert à la Cité un magnifique groupe professionnel de l’Assomption pour célébrer l’anniversaire du Vœu de 1552, les consuls ne le suivirent pas cette année là et nul n’est dupe de cet acte de petite rébellion même si officiellement l’excuse d’avoir à consacrer la nouvelle église ND des Graces couvrait leur acte d’une prudente pudeur. Même l’évêque de Nice, qui fournit une absolution ecclésiastique à cette rébellion de bénitier, voyait peut-être là l’occasion de reprendre en main la société niçoise qui avait bien trop favorablement accueilli les réformes anticléricales de Charles-Albert. Les pénitents Bleus, quant à eux, en fondamentalistes de la fidélité à la Maison de Savoie, entrèrent en résistance et célébraient envers et contre tous la Madone du Sincaïre en ce 15 août 1852, premier pas vers une marginalité qui ne cessa de s’accélérer en cette époque où les Niçois considéraient de plus en plus nombreux que la prospérité ne venait pas de Turin et que la modernité se conjuguait difficilement en italien.

Donc le Vœu de Nice c’est aussi, n’en déplaise aux défenseurs d’une sécularisation intégriste, la mémoire d’un jalon majeur dans la modernisation de la vie politique niçoise et, n’en déplaise aux théoriciens d’une continuité historique sans nuance, la marque d’un changement radical dans la signification des commémorations municipales. Aujourd’hui les Pénitents Bleus participent volontiers au renouvellement du Vœu de 1832 pour apporter de la ferveur dans une manifestation qui doit avant tout être un moment pacifié de célébration de la concorde civique autour des édiles qui préparent notre cité à l’avenir tout en commémorant les hauts faits de son histoire particulière.

Frère Sébastien RICHARD 
Prieur de la Société du Saint Sépulcre 



PROGRAMME DU « VŒU DE NICE » 2026

Dimanche 31 mai 

  • 9h: Accueil du public devant la cathédrale 
  • 9h30: Départ en procession des confréries vers la place Saint-François
  • 9h40: Musique des Sapeurs-Pompiers de la Ville de Nice
  • 9h50: Renouvellement du Vœu par Eric Ciotti, Maire de Nice, Président de la Métropole sur la place Saint-François
  • 10h: Procession vers l’église du Vœu
  • 10h30: Messe en l’église du Vœu, présidée par Monseigneur Jean-Philippe Nault, Evêque de Nice
  • 11h45: Verre de l’amitié et animation folklorique par La Ciamada Nissarda



jeudi 22 janvier 2026

Être pénitent bleu? Pourquoi pas...

 Si vous vous demandez ce qu'est exactement 
la confrérie des pénitents bleus de Nice...

Si vous souhaitez savoir précisément 
comment on devient pénitent bleu 
et en quoi consiste cet engagement...

Si vous voulez approfondir votre réflexion 
pour savoir si vous êtes fait pour cet engagement...

...ou juste pour voir et écouter.

Notre prieur, Sébastien RICHARD
animera une causerie de présentation
de la confrérie
le dimanche 25 janvier à 15h
à la chapelle du Saint-Sépulcre
PLACE GARIBALDI

Au cours de laquelle vous découvrirez la confrérie et ses actions, le sens et les tenants de l'engagement comme pénitent aujourd'hui, les procédures pour rejoindre la confrérie (comme membre de l'association, comme bénévole, comme pénitent) et participer à perpétuer cette histoire niçoise vieille de 600ans.

Pour vous accueillir au mieux vous pouvez vous inscrire par mail 
stsepulcre@gmail.com
ou en envoyant un sms au 06 12 75 94 02.
Vous pouvez aussi venir sans inscription préalable

samedi 1 février 2025

Ouverture des cérémonies d’inauguration

Discours prononcé par M. le prieur Sébastien Richard à l'occasion de l'ouverture des cérémonies d'inauguration de la chapelle du Saint-Sépulcre par M. le maire Christian Estrosi le vendredi 17 janvier à 15h30.

Monsieur le maire Christian Estrosi

Monsieur le Directeur de la DRAC Edward de Lumley

Monsieur l’abbé Vincent Bottin

Mesdames et messieurs les élus du Conseil Municipal

Chers confrères pénitents

Mesdames et messieurs


J’ai donc l’honneur 

de déclarer ouvertes 

les cérémonies pour l’inauguration de la chapelle des pénitents bleus de Nice. 


Pendant trois jours 

la chapelle du Saint-Sépulcre est ouverte au public 

pour une grande fête populaire 

qui marque la fin de la campagne de travaux de restauration des intérieurs.


Merci, monsieur le maire, 

de votre présence pour donner en personne 

le coup d’envoi de ces cérémonies 

qui viennent clore un chantier long de cinq années 

pour redonner à la vieille Madone du Sincaïre son lustre d’antan.


Votre présence aujourd’hui signifie que ce lieu 

dont les pénitents bleus ont la garde depuis 1782 

n’est pas un simple lieu de culte, 

c’est une page illustre de notre histoire commune 

à laquelle vous êtes passionnément attaché, 

une page guerrière et une page d’espérance en même temps, 

Des roses dedans mais des boulets de canon devant,

une page en bleu de notre mémoire civique, de notre culture, de notre identité…

Oui, une page bleue, d’un bleu profond, scintillant, éclatant et qui…


Mais stop, m. le maire. Surtout n’allons pas trop vite en couleurs, 

Je ne voudrais pas me faire tancer de nouveau par votre cabinet 

qui m’a bien fait comprendre que ce sont les chiffres qui comptent, 

que les comptes chiffrent et que le bleu doit d’abord apprendre à compter. 


Je retiens la leçon et je range ma palette.

Je fais le bon garçon et je sors ma calculette


Monsieur le maire, 

vous qui avez, comme moi, le cœur en bleu de Nice, 

vous devrez donc attendre pour avoir les mots bleus, 

ces mots que, parait-il, on dit avec les yeux,

que je termine à voix haute mon comptable office.


Donc quelques chiffres sans couleur

Qui mesurent pourtant la taille du labeur,

Et la générosité dont vous êtes l’auteur.


J’ai demandé au trésorier de la confrérie de me préparer le bilan de l’opération :

Bilan comptable du chantier

Coût total

Réparti en 3 tranches

Financeurs : 

DRAC 38%

Département des Alpes-Maritimes 33%

Ville de Nice 16%

Région Provence-Alpes-Cote d’azur 7%

Sanmartin Kulturstiftung 3.5%

Pénitents Blancs de Nice 1%


Donc un immense merci, monsieur le maire, d’avoir porté politiquement le projet de restauration de la chapelle et d’avoir su user de votre influence pour qu’en plus des sommes allouées par la Ville nous obtenions de la Région les financements qui nous faisaient défaut. 

Si j’osais mettre de la couleur dans les comptes, 

(j’ai la calculette éphémère et la palette prompte)

je dirais que vous nous avez donné un chèque en bleu pour que Nice, 

que l’on célèbre ici, demeure la reine de l’azur couronnée de turquoise et de lapis.


Vous voyez le résultat, il est éclatant de bleu 

et c’est pour rendre aux niçois ce monument d’azur 

que vous venez cet après-midi en ce lieu

admirer avec nous cette œuvre de couleur pure.


accompagné de M. le directeur régional des affaires culturelles 

qui découvre cette église que ses services ont choyé pendant cinq années. 


Vous entrez ici, M. de Lumley 

dans la maison d’une vieille institution niçoise, 

une maison bleue accrochée à la colline, 

on y vient à pied, on ne frappe pas, 

et ceux qui vivent là ont toujours la clef.


Ceux qui vivent là, 

ceux qui sont les ombres de ce rêve bleu, c’est merveilleux,

ce sont mes frères et mes sœurs de l’archiconfrérie du Saint-Sépulcre

qui expriment par ma voix leur reconnaissance

et dont je loue le travail acharné et bénévole

qui a permis de faire en sorte que chaque centime d’argent public,

tel le pinceau du doreur, se pose sur cet édifice pour en révéler la splendeur. 


Nous les pénitents bleus de Nice, 

C’est le vent de Dieu qui nous a pris 

et qui nous a mis au service de nos frères, 

cendres sur la tête, 

corde au cou 

et tablier du ciel noué aux reins

avec une chapelle au cœur.

 

Oreste, Lucien, Jean-Paul, Audrey, Colette, Vincent, Christiane 

et tous les autres, chaîne ininterrompue depuis ce matin de février 1431, 

quand Jean Grimaldi de Beuil a juré de faire briller l’esprit de saint François 

au cœur de sa cité natale 

qu’il avait conquise pour l’étendard, 

bleu lui aussi, 

de la Maison de Savoie. 


Ces festivités organisées par les pénitents de la place Garibaldi 

pour leur chapelle restaurée,

seront une pincée de bleu dans l’azur 

car Nice, elle aussi est bleue 

depuis le ciel de la vallée des merveilles jusqu’aux rivages de Terra Amata. 

Les vélos, les chaises, la mer, le ciel, les campagnes et le soleil, 

même les tuiles de la Veille-ville sont bleues. 


La Madone du Sincaïre 

peinte par Emmanuel Costa à la voûte de cette chapelle 

est une Vierge bleue qui protège notre cité d’azur

et l’invite à la fête.


Durant tout le week-end mes confrères et leurs amis

vont éclabousser de bleu la place Garibaldi. 


Dès ce soir la grande cérémonie d’inauguration 

permettra de mettre en avant les mécènes, 

les entreprises, les ouvriers, les institutions 

et les bénévoles qui ont permis cette résurrection. 

A cette occasion M. le maire 

offre à la population un concert de la Garde municipale. 

Un grand merci M. Estrosi parce qu’une église sans sa musique c’est une lumière sans éclat.


Il y a, à ce propos, sur votre bureau, monsieur de Lumley,

Le dossier qui va permettre de tout achever en musique :

L’orgue de Valloncini est la principale pièce de mobilier en attente de restauration

Un instrument modeste mais exceptionnel par sa valeur historique

Le dernier orgue italien de Nice dans son état d’origine.

Nous attendons que la DRAC se saisisse du dossier 

Pour pouvoir trouver les financements 

(M. le Maire je crois que je vais encore solliciter votre aimable attention)

Mais revenons à notre fête :


Demain et après-demain visites, concerts, 

concours d’éloquence sur le thème du patrimoine. 

Vous pouvez demander le programme à mes confrères 

qui tiennent des flyers à votre disposition.


Notre évêque sera là demain soir pour la messe à 18h.


Parce qu’une chapelle n’est pas qu’un lieu de culture

C’est aussi la porte qui conduit au Ciel le plus pur.

Nous bénirons les murs, les colonnes, l’autel,

Et les visiteurs feront aussi un voyage spirituel.


Niçoises, Niçois, venez faites un détour

le bleu de nos cappas, de notre chapelle 

c’est une oblation de passion et d’amour, 

c’est une invitation qui vous appelle,

investissez cette église bleue avec bonheur.


Merci M. le Maire, merci M. le directeur, 

des offrandes que vous avez apportées 

pour que ce grand bleu demeure 

et que nos concitoyens enchantés

puissent y plonger avec bonheur.


Et c’est à Nice que j’adresse mon dernier hommage. Oui Nice, ma Belle Nice, toujours je chanterai que le bleu est à vous plus qu’à nulle autre cité. Vous êtes la Nanoun de Rondelly et la Ninon de Musset et Si je vous le disais pourtant, que je vous aime, Qui sait, brune aux yeux bleus, ce que vous en diriez ? …

Et là, seul devant Dieu, plein d’une joie avare,

J’ouvre, comme un trésor, mon cœur tout plein de vous.


Aloura car amic, cara amiga

Viva la madona dou Sincaire

Viva Nissa. Viva.


Inauguration de la chapelle restaurée

Discours prononcé par M. le prieur Sébastien Richard à l'occasion de la cérémonie officielle  d'inauguration de la chapelle restaurée le vendredi 17 janvier 2025 à 19h30. 

Monsieur le député Eric Ciotti,

Monsieur le député Laurent Castillo,

Madame la vice-présidente du Conseil Départemental, Gaëlle Frontoni,

Monsieur le conseiller régional Pierre-Paul Léonelli,

Mmes et Mm les élus,

M. l'abbé Frederic Sanges,

M. l'abbé Vincent Bottin,

MM. les prieurs des confréries du diocèse de Nice,

Mmes et Mm les représentants de la DRAC, Mme Brigitte Madrino, Mme Sophie Costamagna, M. Luc Thevenon,

Chers confrères, chers amis,

Mesdames et Messieurs,


Fatigués, usés mais profondément heureux et fiers du travail accompli,

Tels sont les mots qui expriment le sentiment des pénitents bleus et de leur prieur ce soir.


Entre le bastion et la porte Pairolière

Je rends grâce à la Madone du Sincaïre 

de nous avoir accompagnés 

et devant sa douce image qui nous domine 

je lui offre et j’offre à ce lieu

ces mots d’Hugo qui montent à ma mémoire :


En te voyant si calme et toute lumineuse,

Les cœurs les plus saignants ne haïssaient plus rien.

Chaste, elle paraissait ne pas être autre chose

Que la forme qui sort des cieux éblouissants ;

Et de tous les rosiers elle semblait la rose,

Et de tous les amours elle semblait l’encens.


Mes chers amis

Bénévoles, pénitents, mécènes, entreprises, ouvriers, services de la DRAC, de la Ville, du Conseil Régional, du Département des Alpes-Maritimes, élus de notre ville… tout cela n’aurait pas été possible sans votre travail et votre soutien.

Alors tout n’est pas complètement achevé

Encore un tableau qui doit revenir

Encore quelques factures à honorer et des points à vérifier

Et l’orgue en attente de décisions

Mais, pour cette année, le travail sera terminé.


Nice et les Niçois retrouvent ce haut-lieu de notre histoire 

tel qu’il n’a plus été vu depuis la fin du XIXème siècle.


Ce chantier pour mes frères en cappa

fut une guerre, une bataille, un combat. 

Avec ses généraux et ses victoires. 

Avec ses ennemis et ses défaites. 

Les moments des peurs abstraites 

et ceux d’immortelle gloire. 


Je retiens des centaines de souvenirs de conflits 

et une litanie de liens de confiance aussi, 

l’amitié et les aides charitables

aussi l’amertume et son fiel, 

je me remémore des secours providentiels 

et des obstacles infranchissables.


Je vous livre une de ces pages. 

J’étais assis là, au bord d’une table en plastique, 

entre les sacs de chaux et les bidons de peinture. 

Pendant des semaines les ouvriers avaient minutieusement décrouté les murs et on nous annonçait un surcoût phénoménal pour avancer la restauration. 

La chapelle était bien plus malade que prévu, je n’avais pas l’argent pour acheter les remèdes. 

Assis au bord d’une table en plastique, 

entre les sacs de chaux et les bisons de peinture. 

Brisant ma solitude et transperçant mon angoisse j’ai entendu la voix de Jérôme Bracq qui me disait : 

« ne vous inquiétez pas M. Richard, on va trouver une solution. Le Département est à vos côtés, on va trouver ». 

Et on a trouvé... et sur la table en plastique on servira le vin d’honneur ce soir.


Quand on est prieur d’une confrérie 

on se doit d’être attentif à tous et à chacun. 

Je ne mesurais pas, avant ce chantier, 

ce que cette formule distille de mise en garde. 

Car le tout à tendance à ruiner le chacun et le chacun est insensé sans le tout. 


Restaurer une chapelle de fond en comble 

c’est mettre l’intérêt du groupe avant le souci de chacun et, 

pendant ces cinq années 

j’ai certainement négligé 

d’apporter à chacun de mes confrères, 

à chacune de mes consœurs, 

l’attention qu’il était en droit d’attendre de moi. 

Je leur en demande humblement pardon.


Je demande aussi pardon pour le temps pris à nos familles

En particulier celui, immense, confisqué aux proches de Lucien et de Jean-Paul.


Mais ce soir, mesdames et messieurs, contemplez cette grâce et voyez,

parce que les pénitents ne sont pas des gardiens de pierres

mais des pierres vivantes, et parce que 

le bleu de cette chapelle n’est lumineux 

que dans la mesure où il est le reflet de notre spiritualité. 

L’art est le plus sûr chemin qui conduit à l’esprit 

et cette nef resplendissante doit demeurer 

le coffret bleu qui contient un patrimoine immatériel séculaire, 

celui de la confrérie des pénitents bleus.


Le bleu de ces voûtes 

c’est le bleu de nos prières, 

et sans aucun doute 

la couleur des frères,

Le saphir de nos espérances,

L’azur de la persévérance

Jamais acquise, à bâtir toujours

Mais qui nous relie jour après jour.


La palette d’Emmanuel Costa 

que l’on redécouvre ce soir sur cette voûte admirable 

c’est, je le crois, le reflet de nos âmes.


C’est en Italie que nos fondateurs ont pris notre spiritualité, 

c’est là qu’ils ont pris notre couleur, 

dans le cœur de François d’Assise. 

Ils l’ont dérobée au pinceau de Cimabue,

 ils l’ont soutirée à la palette de Giotto. 

Recueillant religieusement les pigments de la Renaissance, 

ils ont rapporté ce bleu à Nice pour qu’il s’ajoute au bleu 

et que de ce feu naisse une céleste clarté. 


A Nice tout ce qui est beau, grand ou sacré est bleu.

Oreste était le grand bleu, le bleu pur

Lucien tu es le bleu martial des étendards

Jean-Paul le bleu de travail de l’artisan

Mes frères et sœurs vous êtes le bleu de mon cœur.

Et ce soir le bleu de nos sacs, 

C’est le bleu de notre chapelle 

Celui qui s’écoule du pinceau de Costa

Qui se fond à l’azur éternel du jour niçois, qui se fond

aux ciels de chagall peuplés de coqs, de chêvres et de Christ bras ouverts, 

aux fenêtres de Duffy inondée des vagues de la Méditerranée

au bleu chaste de Matisse ciselant les corps et sculptant la lumière

à l’outremer saturé de Klein où l’art tout entier n’est plus que couleur.


Alors, par cette restauration,

les pénitents du saint-sépulcre 

et tous ceux qui les ont aidé à conduire ce chantier

ont démontré collectivement 

qu’ils sont une petite goutte de bleu qui s’ajoute à la palette de notre belle cité. 

Une goutte certes, 

mais l’équilibre des couleurs ne s’obtient que par gouttes 

et sans celle-ci, Nice ne serait pas Nice.


A tous, et à chacun merci.

Viva la madona dou Sincaire

Viva Nissa. Viva.


mercredi 1 janvier 2025

Achèvement de la restauration de la chapelle du St Sépulcre

 Les 17, 18 et 19 janvier prochains les Pénitents Bleus ont la joie de vous convier aux festivités qui marqueront l’achèvement de la campagne de restauration de leur chapelle.

Grâce au concours de la Ville de Nice, de la Métropole Nice-Côte d’azur, du Département des Alpes-Maritimes, de la Région Sud, de la DRAC PACA et de la confrérie des Pénitents Blancs de Nice la chapelle a retrouvé tout son éclat. Les pénitents bleus et leur prieur expriment leur profonde reconnaissance aux services des collectivités et de l’Etat qui nous ont accompagnés et aux élus qui ont eu à cœur de voir aboutir cette campagne de travaux, en particulier M. Christian ESTROSI et M. Éric CIOTTI qui nous ont honorés de leur soutien infaillible pour faire avancer le projet et obtenir les financements nécessaires. 

Les Niçois pourront redécouvrir ce haut-lieu de notre histoire à travers différentes animations qui réjouiront les amateurs d’art, d’histoire et de spiritualité. Nous invitons de grand cœur toute la population à participer à ces festivités.

Sébastien RICHARD
Prieur SSS

Ce Vendredi  17  janvier à 15h30
Monsieur le Maire Christian ESTROSI
Viendra ouvrir solennellement ces festivités d’inauguration.



mardi 6 août 2024

Reprise des activités de la confrérie

COMMUNIQUE DE M. LE PRIEUR 


Après plus de quatre années de fermeture pour travaux, la chapelle est désormais de nouveau utilisable pour les célébrations. La confrérie des pénitents bleus reprendra donc ses activités à partir de la rentrée de septembre. 

Le Dimanche 15 septembre les pénitents bleus de Nice et leurs proches sont conviés à un après-midi de célébration et de réflexion pour envisager les modalités de reprise et de réouverture de la chapelle du Saint-Sépulcre.

Ce sera aussi l’occasion de méditer sur la figure de notre père François d’Assise, notre patron, puisque nous célébrerons le 800eme anniversaire de l’impression du sceau du Crucifié dans sa chair. Nous nous confierons solennellement à sa protection.

Merci de réserver la date, un programme détaillé suivra.

La rouverture de la chapelle au public n’est pas encore programmée.

Bon été à chacun

Fr. Sébastien RICHARD, Prieur SSS






lundi 10 avril 2023

Panégyrique de Véran et Lambert, évêques de Vence

 Discours prononcé par M. le prieur Sébastien Richard à l'occasion de l'office du Siège célébré sur le plateau Saint-Michel à Vence le lundi 10 avril 2023.

 Panégyrique de St Véran et St Lambert

10 avril 2023

 Véran et Lambert, saint Véran et saint Lambert.

Deux hommes qui ont vécu parmi nous.

 Véran qui a vécu au Vème siècle. Un des premiers évêques de cette cité, un de ceux qui ont implanté le christianisme sur ces terres. Sa vie religieuse il l’a commencée à Lérins qui était alors une forteresse de la culture dans un empire qui s’écroulait sous les assauts des invasions barbares. Devenu évêque de Vence il fut confronté à la guerre et aux tueries. Alors que les Barbares d’Euric pillaient, incendiaient, massacraient, alors que les édiles municipaux de Vence avaient fuit pour protéger leurs vies, alors qu’aucune armée ou puissance publique ne s’opposait à l’avancée des hordes sanguinaires, Véran se leva. Non, la destruction, le mal, la mort ne peuvent avoir le dernier mot… Véran, armé de sa foi et conscient de sa responsabilité, fortifié par l’exemple de son Seigneur qui s’offrit librement au sacrifice de la Croix, saint Véran se leva et partit à la rencontre du chef barbare pour négocier le salut de son peuple en échange de sa vie. Et le païen Euric, impressionné par le courage du petit évêque, passa sans faire couler le sang.

Véran, bouclier de son peuple ; saint Véran, bon berger qui protège son troupeau.

 Lambert qui a vécu au XIIèmesiècle. Issu lui aussi de Lérins mais en d’autres temps. Son époque c’était celle du triomphe des seigneurs féodaux, c’était celle des guerriers à cheval qui tyrannisaient, brutalisaient et méprisaient leurs contemporains, c’était celle des paysans laborieux qui ont sorti de la pierre la moindre petite parcelle de notre terroir. Devenu évêque de la cité de Vence il fut confronté aux injustices qui pesaient sur son peuple du fait de seigneurs intransigeants et de clercs indignes. Face à l’ignominie des puissants qui se disaient pourtant chrétiens Lambert se leva. Non l’injustice, la souffrance, la mort ne peuvent avoir le dernier mot… Lambert armé de sa dignité d’évêque, conscient de son autorité morale, fortifié par l’enseignement de son Seigneur qui a placé les pauvres et les petits au premier rang, saint Lambert se leva et excommunia les comtes et les barons qui pratiquaient le servage. Il fit bâtir le premier hospice destiné à soigner les pauvres et les malades de Vence. Il imposa à son clergé une vie de sobriété au service du peuple chrétien.

Lambert, épée de son peuple ; saint Lambert bon berger qui protège son troupeau.

 Voilà, chers amis, qui furent nos saints patrons, deux hommes parmi les hommes de leur temps. Ils ont mis leur honneur à soutenir, à défendre, à aider nos aïeux pour qu’ils vivent dans la dignité. Ce sont nos héros. Chaque peuple a ses hautes figures, ses Hercule et ses Jeanne d’arc. Le peuple de Vence a Véran et Lambert. Alors ce ne sont certes pas les héros modernes à la Marvel ou à la Netflix, ils n’ont pas de superpouvoirs, ils n’ont pas sauvé la planète d’une invasion extra-terrestre… Mais ils étaient des gens comme nous et parmi nous. Et ils sont toujours avec nous, leurs corps reposent dans notre vieille cathédrale et leurs voix résonnent encore depuis le sommet du Baou jusqu’aux contreforts des Malvans, depuis les sources de la Cagne jusqu’aux gorges de la Lubiane : « Vençois ! Soyez unis, soyez forts, soyez courageux ! Battez-vous pour la justice, pour la foi, pour l’honneur »

 Ces voix résonnaient encore lorsqu’au XVIème siècle les Guerres de Religion déchiraient ces terres. Alors que la cité de Vence était assiégée par son propre seigneur temporel, alors que son évêque se cachait derrière les remparts de Nice, alors que personne ne se souciait du sort de nos aïeux, les Vençois se levèrent. C’est naturellement qu’ils se tournèrent vers Véran et Lambert pour refaire leurs forces, pour retrouver le courage et l’unité. Et la victoire fut. Elle fut, contre toute attente, du côté du peuple face à son suzerain, du côté des travailleurs et des paysans face aux canonniers et aux mousquetaires, du côté des humbles face aux puissants. Une victoire inattendue, une victoire comme on les aime : le petit qui bat le grand, le faible qui défait le fort… C’est cela que nous commémorons aujourd’hui. Ce matin nous nous souvenons d’une communauté unie, guidée par l’exemple de Véran et Lambert. Nous affirmons qu’un peuple rassemblé peut faire basculer l’histoire. Voilà le sens profond de cette traditionnelle procession du lundi de Pâques.

 Quelques médisants incertains ont voulu vous priver de cette Messe du Siège, arguant que cette célébration ravivait les divisions des guerres de religion… Quel argument pitoyable, quelle erreur de jugement, quelle bêtise ! Nous sommes ici parce qu’en Provence la fête est d’abord l’occasion de refaire l’unité de la communauté. La structure est toujours la même : on sort tous ensemble de la ville, on commémore les hauts-faits de l’histoire de la cité, on célèbre la messe avec nos saints patrons, on se souvient de nos défunts. Une fois ce rite accompli on retourne en ville pour les festivités profanes (le banquet, le bal ou la bataille de fleurs) et on célèbre bruyamment la vie, la joie, le bonheur renouvelé d’être ensemble. C’est le rituel ancestral de la fête patronale, du festin, de la fête votive : une journée entière qui devient un moment de communion pour resserrer les liens entre les habitants. C’est une formule aussi vieille que notre civilisation, chaque geste et chaque étape ont du sens, à Vence comme à Arles, à Nice comme à Nîmes, à Avignon comme à Forcalquier, jusque dans le plus petit de nos villages. Et on commémore toujours des batailles gagnées, des épidémies vaincues, des vœux exaucés parce que c’est dans ces situations difficiles que nos aïeux ont donné le meilleur d’eux-mêmes.

 Alors peut-être qu’à l’heure de la mondialisation, du réchauffement climatique et de la guerre en Ukraine cette formule est obsolète. Peut-être que dans notre monde qui va toujours plus vite et qui s’épuise à vouloir tout changer, tout moderniser, tout transformer, peut-être qu’il faut envisager de faire évoluer nos façons de faire la fête… peut-être. Peut-être. Mais je suis sûr d’une chose, si nous abandonnons ce qui fait l’identité de Vençois, si nous oublions Véran et Lambert, si nous effaçons notre histoire particulière et nos spécificités culturelles, nous ne formerons jamais plus une communauté unie, nous serons des individus interchangeables dans un magma culturel aseptisé et insipide. Vence ne sera plus alors qu’un point géographique quelconque, une place au soleil comme une autre…

 Mais nous sommes là ce matin, nous avons répondu fidèlement à l’appel de Pâques. Nous sommes avec saint Véran et saint Lambert et je loue la persévérance, le courage et la patience de ceux à qui nous le devons : Marc, Barthélémy et Marie-Eve, Estelle, Jean-Pierre et vous tous qui perpétuez ce geste ancestral qui nous réunit. Alors que notre cité se transforme à un rythme effréné, alors que chaque matin voit l’arrivée de nouveaux voisins et que nos maisons disparaissent pour toujours plus de béton, ce que nous faisons ici est essentiel au salut de l’âme vençoise dont saint Véran et saint Lambert sont les étendards aujourd’hui comme hier et comme demain.

VIVE ST VERAN!

VIVE ST LAMBERT!

VIVE VENCE!

 Sébastien RICHARD

vendredi 1 avril 2022

Le bronze dont on fait les canons...

 Discours du prieur Sébastien Richard à l'occasion de la bénédiction de la nouvelle cloche de la chapelle des pénitents bleus le 26 mars 2022.

 

Le bronze dont on fait les canons,

On en a fait un instrument de musique.

Le bronze qui crache le feu et la désolation,

On en a fait une voix qui appelle la bénédiction divine.

 

 EN MEMÒRIA DÓU PRÌOU OURESTE GALIANO MI SOUÒNI OURESTINA.

 CANTI MEI PENITENT BLU LA MADONA VITOURIOUA E LOU SINCAIRE GLORIOUS. 

MAIRE DÓU SECOURS GARDAS LU NISSART.

 CAPELA RESTAURADA.  2022.  VOUT ADEMPLIT

 

Il en est des hommes comme du bronze,

Ils peuvent devenir des instruments de guerre ou des armes de paix.

 

Le Seigneur, notre Seigneur, ne règne pas par la fureur des armées,

Il conduit son peuple par l’éclat de sa Parole qui foudroie le cœur des hommes.

 

La cloche que nous allons bénir aujourd’hui

Rejoint les boulets de canons qui sont sur la façade de cette chapelle

pour commémorer une bataille :

Le Siège de 1543, évènement fédérateur de l’identité niçoise.

Plus précisément cette cloche rappelle ce moment où les Niçois,

écrasés par le feu des assiégeants,

Se sont tournés vers le Seigneur et vers sa sainte Mère.

Le 15 août 1543, dans un acte de foi

ils ont mis leurs vies sous la protection de la Madone et furent délivrés.

Merveille qui s'enracine dans la confiance en Dieu.

 

statue de la Madone du Sincaïre
conservée par les pénitents bleus

Cette cloche gardera aussi la mémoire d’un homme,

solide et éclatant comme le bronze.

Oreste Galiano, qui fut le prieur de cette vénérable archiconfrérie,

Avait une âme d’airain.

Une personnalité dont on ne tire ni canon ni statue commémorative.

Un foi solide, une charité intense, une humilité angélique.

Je ne vous dirai pas sa vie, wikipédia vous renseignera,

Je vous dirai son héritage

Car ce qu’il a semé porte encore du fruit

Sa famille qui grandit, sa confrérie qui suit ses traces, sa chapelle qui fait peau neuve.

 

Oreste Galiano
137ème prieur de la Société du St Sépulcre

A chaque fois que cette cloche sonnera,

Elle chantera les louanges de la Madone du Sincaïre.

Elle appellera la protection de la Mère de Dieu sur cette ville

Et elle réveillera Oreste pour qu’il tourne son regard vers nous

Pauvres de nous, qui devons être à la hauteur de l’exemple qu’il nous a laissé.

mercredi 9 mars 2022

Une nouvelle cloche pour le St Sépulcre de Nice (entretien avec le prieur des pénitents bleus)

 

S. RICHARD prieur de la SSS

La chapelle du St Sépulcre va recevoir prochainement une nouvelle cloche, nous avons interrogé le prieur des pénitents bleus sur cet évènement exceptionnel.

 

      Audrey Lopez : Monsieur le prieur, la chapelle des                 pénitents bleus de Nice va recevoir une nouvelle cloche,         pouvez-vous nous dire comment est né ce projet ?

     Sébastien Richard : La chapelle du St Sépulcre est en chantier depuis 2019, l’intégralité des intérieurs est actuellement en restauration. Dans ce cadre nous avons eu l’opportunité de pouvoir faire des travaux sur le clocher pour électrifier le système campanaire et pour intervenir sur les contrepoids des cloches qui nécessitent une réfection totale. Dans ce cadre mes confrères Lucien Mari et Jean-Paul Faraut, qui sont en charge du chantier, ont évoqué la possibilité de restaurer la cloche fêlée qui se trouve du côté de la colline du château. Cette cloche, qui a été réalisée en 1881 et qui a pour parrain l’architecte Philippe Randon, devait donc être refondue. Au regard de la valeur de l’objet j’ai préféré prendre la décision de conserver la cloche de 1881, de la déposer dans la chapelle pour l’exposer au public, et d’en faire réaliser une nouvelle. Nous avons demandé l’accord de la DRAC pour cette opération, il nous a été accordé à condition que la nouvelle cloche soit conforme à l’ancienne pour ce qui concerne le volume et la tonalité.

 A. L. Quel est l’intérêt historique de la cloche déposée ?

 S. R. Cette cloche a été réalisée pour la confrérie par le fondeur Luigi Bimbi en Emilie-Romagne à la fin du XIXème siècle, époque durant laquelle la chapelle du St Sépulcre connaît d’importants travaux de remaniement et de décoration. C’est justement l’état de la chapelle à ce moment précis qui sert de point de référence aux travaux de restauration actuellement en cours. Il me semblait donc opportun d’exposer dans la chapelle restaurée un objet liturgique qui a été réalisé dans le cadre du chantier de réaménagement de la Belle Epoque. De plus cette cloche a été offerte à la chapelle par Philippe Randon, ami fidèle de la confrérie et architecte renommé de la Belle Epoque, à qui on doit plusieurs immeubles et hôtels à Nice et à Menton, notamment le fameux Odéon du parc Chambrun à Nice. Cette cloche est donc, comme l’ensemble de la chapelle, un témoignage de l’art religieux de la Belle Epoque.

Cette cloche a aussi un autre intérêt. Je disais qu’elle été fêlée, en fait elle a été trouée par un éclat d’obus qui a explosé au cours des combats de la libération de Nice le 28 août 1944. Elle porte donc aussi une cicatrice de l’histoire dont il convient de faire mémoire.

 A. L. A quel saint sera dédiée la nouvelle cloche ? Qui est son parrain ou sa marraine ?

 S. R. La cloche sera dédiée à la Madone du Sincaïre ! Les Niçois savent que la chapelle des pénitents bleus a été bâtie en 1784 pour remplacer l’antique chapelle municipale Notre-Dame du Sincaïre érigée après le Siège de 1543 pour remercier la Vierge Marie du secours apporté à la ville de Nice dans sa lutte contre les Turcs. Les pénitents bleus sont, depuis le Siège de 1705 et la destruction des remparts, les gardiens de la statue de Notre-Dame du Sincaïre nommée par les Niçois la « Madone du Secours » et ils continuent de prier à ses pieds pour lui présenter les demandes de leurs concitoyens. La voix de la cloche invoquera donc la protection de la Madone sur tous les Niçois.

Le parrain de la cloche, chose inhabituelle, n’est pas son donateur. La cloche fera mémoire du prieur Oreste Galiano (1923-2004), une haute figure des traditions et de la langue niçoises. Oreste qui a été prieur de 1989 à sa mort en 2004 s'est notamment impliqué dans le cadre de la troupe de théâtre de Francis Gag et dans la création du groupe folklorique Nice La Belle. Il a été pendant de nombreuses années à la tête du patronage « l’espérance » de l’église St Augustin où il a fondé un atelier de théâtre qui avait une renommée importante à Nice. C’était un homme de culture populaire mais surtout un homme de bien dont la vie a été rapportée dans le document « Témoins du Christ dans les Alpes Maritimes » édité par le diocèse. Avant de mourir il avait confié le soin à ses confrères pénitents bleus de restaurer « sa » chapelle dont il disait : « elle est belle parce que je l’aime… ». Son vœu aujourd’hui s’accomplit.

 A. L. La nouvelle cloche doit porter une inscription en niçois. Pourquoi ce choix et que dit précisément cette dédicace ?

 S. R. Le niçois car Oreste avait fait de la confrérie des pénitents bleus « la plus niçoise des sociétés de pénitents »… lorsqu’il était prieur le niçois était la langue officielle de la confrérie, la langue de la sacristie et la langue des offices. Moi, pauvre successeur d’Oreste qui suis un piètre locuteur nissart, je n’ai pas su perpétuer cet usage, donc l’inscription en niçois est à la fois un hommage et une excuse à celui qui m’a reçu comme pénitent bleu en 1999. J’ai donc écrit le texte en français et c’est Elisabeth Bondanelli, bien connue des Niçois, qui l’a traduite en nissart.

(en aparté) Je vais vous confier mon sentiment, je pense qu’Oreste n’aurait pas trop aimé qu’une cloche célèbre sa mémoire, il n’aimait pas qu’on le mette en avant. Je l’entends me dire : « Tu as mis mon nom dessus de peur qu’on me la vole ? » ou alors « c’est pour me dire que je lui ressemble ?» cachant son malaise sous les traits de la plaisanterie comme il avait l’habitude de le faire. Par contre s’il avait été parmi nous je lui aurai expliqué que grâce à lui la cloche de sa chapelle est la seule de Nice qui sonne en niçois. Et cela aurait été pour lui une immense fierté !

 Alors je vous livre cette inscription et sa traduction :

 EN MEMÒRIA DÓU PRÌOU O. GALIANO MI SOUÒNI OURESTINA.

CANTI MEI PENITENT BLU LA MADONA VITOURIOUA E LOU SINCAIRE GLORIOUS.

MAIRE DÓU SECOURS GARDAS LU NISSART.

CAPELA RESTAURADA     MMXXII.       VOUT ADEMPLIT.

En mémoire du prieur O. Galiano je m'appelle Orestine.

Avec les pénitents bleus je chante la Madone victorieuse et le Sincaïre glorieux.

Mère du Secours, gardez les Niçois !

Chapelle restaurée. 2022. Voeu accompli.

 La cloche portera aussi la croix du St Sépulcre, les armoiries et l’emblème de la confrérie.

 A. L. Qui a financé la fonte de la cloche et la restauration du clocher ?

 S. R. Ces travaux sont entièrement financés par des fonds privés. Grâce au travail acharné d’un de nos confrères, Vincent Brault qui se trouve actuellement au Liechtenstein pour des raisons professionnelles, nous avons pu entrer en contact avec des mécènes qui financent des projets culturels. L’intégralité des travaux campanaires est donc prise en charge par  la société SAMMARTIN KULTURSTIFTUNG de Vaduz au Liechtenstein représentée par Mme Anita LATERNSER et M. Stephan KAUFMANN pour un montant de 44 689.58€. Je leur adresse ma plus profonde gratitude ainsi qu’au ZOLDER STIFTUNG du Liechtenstein  représenté par M. Maximilien MARXER qui prend en charge la restauration du retable en stuc du maître-autel pour un montant de 15 600€. C’est la société Azur Carillon qui est chargée de l’exécution des travaux campanaires de concert avec l’entreprise SMBR qui tient le chantier de la chapelle.

 A. L. Quand aura lieu la bénédiction de la nouvelle cloche ?

 S. R. Orestine sera bénie le samedi 26 mars prochain (ironie de l’histoire le 26 mars c’est l’anniversaire de la fonte de la cloche de 1881 qui sera déposée…) dans le vestibule de la chapelle du St Sépulcre par Mgr Bernard Barsi, archevêque émérite de Monaco, à 10h. Mgr Barsi connaissait Oreste, c’est lui qui avait présidé la messe pour ses funérailles, nous nous réjouissons donc qu’il nous ait fait l’amitié d’accepter cette charge. La famille d’Oreste et les autorités civiles seront aussi présentes aux côtés des pénitents bleus pour ce moment de recueillement. A l’issue de l’office de bénédiction les habitants du quartier Garibaldi et les Niçois sont invités à venir visiter le chantier de restauration de la chapelle. Les travaux doivent durer encore au moins deux ans, c’est l’occasion pour la confrérie de faire le point sur ce chantier et de le présenter au public.

 A. L. Quand Orestine chantera-t-elle dans le clocher du St Sépulcre ?

 S. R. La semaine suivant la bénédiction la cloche sera installée dans le clocher. Les différents travaux de remise en état et d’électrification de l’ensemble campanaire devraient durer une semaine mais il faudra attendre la fin du chantier pour qu’Orestine appelle de nouveaux les pénitents bleus à l’office du dimanche soir.

 

La cérémonie se tiendra sous les arcades de la place Garibaldi, prenez cependant les précautions sanitaires nécessaires.

dimanche 4 octobre 2020

Vésubie, Roya, Tinée... notre sang

    Les terribles évènements de ce vendredi dans le haut-pays niçois nous rappelle avec cruauté à quel point nous sommes petits et impuissants face aux forces déchaînées de la nature. Pour les pénitents bleus, et pour toutes les familles Niçoises, la Vésubie, la Roya et la Tinée ne sont pas des vallées de l’arrière-pays, elles sont notre histoire, nos racines, notre sang. C’est le cœur du Comté qui souffre et nous assistons au désastre totalement désarmés. Les villages sont isolés, nous ne parvenons pas à joindre nos familles et nos amis. Condamnés depuis deux jours à glaner des informations dans les images répétitives de nos postes de télévision, dans les palabres de journalistes parachutés en terres inconnues, dans les chorégraphies bien huilées de personnages importants qui assoient leur notoriété dans la mise en scène des secours. Sur les réseaux sociaux le chapelet interminable des prières adressées à qui pourra donner des nouvelles d’un grand-père, d’une voisine, d’un ami… Les nouvelles tombent, plus de routes, plus d’électricité, réseau de téléphone anéanti. Les images tournées depuis les airs nous montrent la puissance destructrice des eaux qui déferlent de la montagne. Et le rosaire continue de s’égrener : avez-vous des nouvelles de Venanson ? Peut-on rejoindre la Roya par le col de Tende ? Quelqu’un à eu des nouvelles de Jean-Pierre ? 
    
    Alors que les secours s’organisent nous savons que là-haut, loin du monde, la solidarité fonctionne sans faillir. Nous les connaissons ces fils et filles de seigneurs et de paysans, nous sommes du même sang, nous savons qu’au village les forts protègent les faibles, les jeunes aident les vieux, les bien-portants soutiennent les blessés. Quand la nature s’acharne les femmes et les hommes de la montagne font corps, ils se dressent face au malheur, affrontent le destin et prennent soin les uns des autres. Alors nous nous raccrochons à cette certitude ancrée au cœur et nous prions pour vous. Nous déposons une bougie aux pieds de la Madone de Fenestre, une autre devant Notre-Dame du Très Haut, et une troisième auprès de la Madone des Fontaines, nous sortons le chapelet de notre grand-mère et nous appelons sur chacun de vous la force et le réconfort de la Sainte Vierge qui a gardé vos aïeux dans chacune de leurs épreuves à travers les âges. 

Sébastien RICHARD prieur de la Société du St Sépulcre

jeudi 15 novembre 2018

INVITATION 23/11

Le prieur de la Société du Saint Sépulcre 
et les pénitents bleus de Nice ont le plaisir de vous convier à la 

signature de la convention entre la confrérie et 
le Conseil départemental des Alpes-Maritimes
pour la restauration intérieure de la chapelle

le vendredi 23 novembre à 18h


jeudi 28 avril 2016

Récolement du mobilier historique classé des pénitents bleus

Ce mercredi 27 avril M. Charles Astro, conservateur en chef du patrimoine, et Sébastien Richard, prieur des pénitents bleus, ont signé le  bordereau de récolement du mobilier classé MH de notre chapelle en application des articles L 622-8 et R 622-25 du Code du Patrimoine.
 
Pour les objets conservés dans la chapelle des Pénitents Bleus, propriété de notre Confrérie, le récolement concerne cinq objets classés en 1910, 1997 et 2005 (le haut-relief de la Résurrection, le tableau de l'Assomption de A.L Van Loo, le groupe processionnel de l'Assomption, la paire de bâtons ou masses de Pénitents à embouts en argent et l'orgue de tribune de Valoncini). Cette liste comprend aussi les objets inscrits à l'inventaire des MH plus récemment en 2014 (quatre petits tableaux sur toile du 19ème siècle et 33 objets de bois doré composant les parures des trois autels et parties hautes de la chapelle).
 
 
 

samedi 17 janvier 2015

La violence après la violence



Depuis la semaine dernière fleurissent des discours de haine qui rebondissent sur les évènements tragiques de Paris pour condamner pêle-mêle le sentiment religieux en général ou l’Islam en particulier. 

Les plus acharnés dans le camp des défenseurs des valeurs républicaines et laïques s’évertuent à nous expliquer que les religions sont l’ennemi du vivre ensemble : les croyants, voilà le problème ! Des réactionnaires en puissance incapables de se contenter d’exprimer leurs conceptions morales de 18h à 6h du matin dans le cadre exclusif du cercle familial… La République devrait y mettre bon ordre !

Et puis il y a aussi ceux qui disent qu’ils nous avaient prévenus. Ils avaient affirmé à maintes reprises que l’Islam était incompatible avec nos valeurs : l’Islam, voilà le problème ! Une religion choyée par nos gouvernants alors qu’elle n’est qu’un prétexte au communautarisme qui détruit notre civilisation… La République devrait y mettre bon ordre !

Eglise de Florentin dans le Tarn
L’ordre républicain est appelé au renfort de partenaires improbables dans l’éventail politique.   

Mais qui s’interroge sur les mécanismes qui créent des intégristes religieux capables de tuer ? Comment des champions de la manipulation ont pu leur faire avaler, profitant de la faiblesse de leur culture religieuse, que Dieu avait soif du sang de ses enfants ? Ce qui est plus terrible encore c’est de concevoir que cet ignoble chemin de contradiction n’est pas tracé à l’écart de notre société "républicaine et laïque", c’est justement là qu’il se déploie et de là qu’il nous questionne.

Comment la République a pu laisser des quartiers entiers sombrer dans une telle pauvreté matérielle et dans un tel isolement social que même les principes fondamentaux de la religion dont ils se réclament, crainte de Dieu et respect du frère, sont oubliés par certains jeunes ? Comment des enfants passés par l’école de la République ont pu se sentir méprisés dans leur identité à un point tel qu’ils ont rejeté en bloc toutes nos valeurs les plus fondamentales ? Comment les centres pénitentiaires de la République peuvent être si vides d’espérance et de compassion qu’ils deviennent des centres de formation d’apprentis intégristes ? Comment notre système de valeurs républicaines a pu devenir le terreau d’un individualisme triomphant, permettant à une poignée de jeunes de devenir des candidats à un héroïsme brutal et sanguinaire ? Comment les processus démocratiques de notre République peuvent à ce point broyer les minorités et laisser croire à des hommes que le martyre est le seul moyen de se faire entendre ?

Alors maintenant on veut ajouter de la violence à la violence, on veut répondre aux actes méprisables de ces jours passés par une fermeté exemplaire à l’encontre des religions et des croyants en général, ou à l’encontre de l’Islam en particulier. Mais si vous osez regarder les racines du mal vous n’y trouverez pas la foi, vous y trouverez de la désespérance et les incohérences profondes de notre société incapable de donner corps à des valeurs universelles.

 Dans mon horizon social, un intégriste religieux c’est un catho qui se parfume à l’encens, qui pense que Dieu ne comprend que le latin et qui passe des nuits blanches à trouver une cohérence entre son opposition à l’avortement et son acquiescement à la peine de mort. La peur du péché est la principale dynamique de son existence et il voudrait qu’il en soit de même pour tout le monde. Je ne connais pas suffisamment l’Islam pour avancer une concordance, mais les principes sont identiques. A mon sens ce n’est certainement pas la foi qui pousse à tuer, surtout quand cette foi nous parle d’un Dieu qui, dans un élan d’amour, a créé l’homme libre… Ceux qui tuent des innocents au nom de Dieu ne sont donc pas de pieux religieux car leur acte les condamne inévitablement à l’Enfer. Pour autant en oeuvrant pour ôter aux religions établies leur rôle social, en raillant systématiquement les convictions religieuses comme des valeurs de seconde zone, en confondant laïcité et mépris de la spiritualité, notre société crée inévitablement un ressentiment qui devient explosif quand il s’ajoute à la ségrégation sociale. 


Les croyants sont peut-être minoritaires en France, ils n’en méritent pas moins la bienveillance des institutions et de leurs concitoyens. L'égalité ne se construit pas forcément sur l'indifférenciation passive, elle gagnerait à intégrer le respect des différences. On préfère croire que la foi n'a pas d'influence sur la vie sociale plutôt qu'accepter que la croyance en Dieu ou la non-croyance en Dieu sont deux opinions qui se valent et que leur coexistence respectueuse n'enlève rien au principe d'égalité ni à la neutralité de l'Etat. Le combat contre l’emprise du religieux sur les citoyens et la nation est une lutte passéiste, une lubie alimentée par des fantasmes anticléricaux d’un autre temps, il y a longtemps que les clercs ont intégré les principes de Liberté, d’Egalité et de Fraternité dans leurs discours. La frange intégriste qui résiste dans toutes les communautés religieuses se nourrit précisément des actes politiques de dénigrement du religieux. Si la République, au lieu de tenter d’extirper la religion des relations sociales, travaillait dans la concorde avec les représentants des cultes, il y aurait  certainement moins de friches permettant aux illuminés de profiter de la misère et de la haine pour recruter des candidats au suicide et au meurtre.

S. RICHARD

Prieur de la Société du St Sépulcre

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