lundi 18 mai 2026

Les pénitents bleus et le Vœu de Nice

 Le « Vœu de Nice » fait référence à la consécration de la Ville à Notre-Dame des Grâces par les Consuls en 1832 pour implorer sa protection contre une épidémie de choléra, il désigne aussi les festivités commémorant annuellement l’événement. Au cours de ces festivités le maire de Nice renouvelle le vœu de ses prédécesseurs en présence du clergé, du conseil municipal et des représentants des confréries niçoises. Ce renouvellement est régulièrement, depuis quelques années, un point de tension entre les partisans d’une laïcité exacerbée qui y voient une entorse à cette valeur républicaine et les défenseurs des traditions et de l’identité niçoise qui le considèrent comme un particularisme hérité de l’histoire de la cité. La plupart des Niçois sont loin de ces chamailleries et voient dans ces célébrations une belle animation folklorique qui égaie la ville au printemps avec musique et pénitents en costumes, au cours de laquelle Monsieur le Maire se prête à l’exercice (plus ou moins compliqué… mais toujours très commenté…) de prononcer un discours en Niçois.

Ce que l’on sait moins c’est que l’origine de ce « Vœu de Nice » moderne s’inscrit dans un contexte historique particulièrement troublé où les pénitents bleus ont involontairement subi la défiance de leurs concitoyens à l’égard de la monarchie. En effet, depuis 1552, ce que l’on nomme le « Vœu de Nice » faisait référence au vœu formulé par les Consuls à la suite de la résistance héroïque des Niçois lors du Siège de 1543. C’est d’ailleurs inscrit au fronton de la chapelle sur la place Garibaldi: MDLII EX VOTO. Depuis 1552 le renouvellement du Vœu était ainsi l’occasion de grandes festivités conduites par la municipalité le 15 août de chaque année sur le site de la Madone du Sincaïre. Ces célébrations religieuses en l’honneur de la Vierge revêtaient un caractère éminemment politique, en particulier lorsque les consuls renouvelaient l’allégeance de la cité à la Maison de Savoie (acte dont témoigne la plaque de consécration de la chapelle du Sincaïre de 1602 conservée aujourd’hui dans la chapelle des Pénitents Bleus). Or en 1852, alors que les Niçois devaient célébrer en grande pompe le 3eme centenaire du Vœu, les festivités du Sincaïre furent déprogrammées par la Ville qui, avec l’accord de l’évêque de Nice, choisit précisément cette date pour organiser la consécration solennelle de l’église ND des Graces dont la construction s’achevait après onze années de travaux. 

Un Vœu chasse l’autre et, en 1852, on célébra la délivrance anti-cholérique de 1832 plutôt que la victoire sur les Turcs de 1543… par répercussion les Pénitents Bleus furent évincés de l’organisation de la manifestation pieuse. L’événement peut paraître anecdotique mais si on se penche sur la symbolique propre à chacun de ces deux Vœux et sur le contexte politique des années 1850-52 on parvient à déceler la trame d’un transfert chargé d’amertume. 

En effet rappelons-nous que le la mémoire du Vœu de 1552 était dominée par la célébration du lien entre le souverain et la cité, entre la monarchie de Savoie et la Ville de Nice, elle était aussi la célébration d’une victoire militaire qui fit de Nice une place-forte de la chrétienté sous la bannière croisée du Duc de Savoie. Or en 1852 la Maison royale peinait à se relever de l’abdication de Charles-Albert et de l’inique Proclamation de Moncalieri par Victor-Emmanuel, de plus les faits d’armes de la couronne dont chacun parlait alors étaient l’humiliante défaite de Novare et surtout l’infâme saccage de la ville de Gènes par les bersaglieri de La Marmora. Comment célébrer les victoires du souverain quand il capitule face à l’Autriche et quand il brise cruellement le rêve héroïque d’une Italie libre? Nice et ses élites protestèrent mais, courage n’étant pas témérité, l’opposition à Turin prit la forme symbolique de la substitution d’un Vœu à un autre. Le roi avait offert à la Cité un magnifique groupe professionnel de l’Assomption pour célébrer l’anniversaire du Vœu de 1552, les consuls ne le suivirent pas cette année là et nul n’est dupe de cet acte de petite rébellion même si officiellement l’excuse d’avoir à consacrer la nouvelle église ND des Graces couvrait leur acte d’une prudente pudeur. Même l’évêque de Nice, qui fournit une absolution ecclésiastique à cette rébellion de bénitier, voyait peut-être là l’occasion de reprendre en main la société niçoise qui avait bien trop favorablement accueilli les réformes anticléricales de Charles-Albert. Les pénitents Bleus, quant à eux, en fondamentalistes de la fidélité à la Maison de Savoie, entrèrent en résistance et célébraient envers et contre tous la Madone du Sincaïre en ce 15 août 1852, premier pas vers une marginalité qui ne cessa de s’accélérer en cette époque où les Niçois considéraient de plus en plus nombreux que la prospérité ne venait pas de Turin et que la modernité se conjuguait difficilement en italien.

Donc le Vœu de Nice c’est aussi, n’en déplaise aux défenseurs d’une sécularisation intégriste, la mémoire d’un jalon majeur dans la modernisation de la vie politique niçoise et, n’en déplaise aux théoriciens d’une continuité historique sans nuance, la marque d’un changement radical dans la signification des commémorations municipales. Aujourd’hui les Pénitents Bleus participent volontiers au renouvellement du Vœu de 1832 pour apporter de la ferveur dans une manifestation qui doit avant tout être un moment pacifié de célébration de la concorde civique autour des édiles qui préparent notre cité à l’avenir tout en commémorant les hauts faits de son histoire particulière.

Frère Sébastien RICHARD 
Prieur de la Société du Saint Sépulcre 



PROGRAMME DU « VŒU DE NICE » 2026

Dimanche 31 mai 

  • 9h: Accueil du public devant la cathédrale 
  • 9h30: Départ en procession des confréries vers la place Saint-François
  • 9h40: Musique des Sapeurs-Pompiers de la Ville de Nice
  • 9h50: Renouvellement du Vœu par Eric Ciotti, Maire de Nice, Président de la Métropole sur la place Saint-François
  • 10h: Procession vers l’église du Vœu
  • 10h30: Messe en l’église du Vœu, présidée par Monseigneur Jean-Philippe Nault, Evêque de Nice
  • 11h45: Verre de l’amitié et animation folklorique par La Ciamada Nissarda



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POUR VISITER NOTRE CHAPELLE:
La chapelle du St Sépulcre
(place Garibaldi - NICE (06300) - FRANCE)
propriété de la Société du St Sépulcre depuis sa construction en 1782, est accessible au public
Visites libres les mardis 8 et 15 avril, 6 mai et 3 juin de 14h30 à 17h. Pour les groupes: visites commentées sur réservation au 06 20 10 71 28

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