samedi 12 décembre 2009

Une découverte importante pour l'histoire des Pénitents Bleus

Comme tous les Niçois le savent, le Siège franco-turc de 1543 est un évènement douloureux mais fondateur pour notre cité. La ville de Nice, durement assiégée à la fois par la mer et par la terre a résisté héroïquement aux assauts des Turcs alliés aux Français.

Cette résistance extraordinaire a été attribuée à l’intervention de la Vierge Marie dans une construction du récit marquée par l’esprit et l’idéal de la croisade : Nice, bastion de la chrétienté, inflige une première défaite aux infidèles qui seront définitivement battus à la bataille de Lépante en 1571.

Pendant ce siège, la Vierge elle-même serait apparue sur le bastion de Sincaïre le 15 août 1543 au plus fort de la bataille. Les assaillants lèvent finalement le siège le 8 septembre, jour où on célèbre la Nativité de la Vierge. Beaucoup d’histoires ont été greffées sur ce récit, par exemple on aurait vu la Vierge apparaitre miraculeusement et protéger les Niçois en recueillant dans les plis de son manteau les boulets de canon tirés par les Turcs. L'histoire se charge encore d'extraordinaire avec l’intervention de Catherine Ségurane, la mythique héroïne niçoise qui,

dans certains récits, se substitue même à la Vierge Marie… Mais le propos n’est pas ici de faire l’exégèse des récits de cette bataille.

La chapelle du St Sépulcre est l’héritière de l’antique chapelle Notre Dame du Sincaïre bâtie par la commune de Nice en 1552 pour commémorer l’intervention miraculeuse de la Vierge neuf ans plus tôt, honorant ainsi un voeu qui avait été formulé par les consuls. La statue de la Madone de Sincaïre et la plaque de consécration de l'ancienne chapelle se trouvent toujours en bonne place dans la chapelle des pénitents bleus.

Ces quelques rappels étaient nécessaires pour saisir l’importance de la découverte que nous vous rapportons.

Dans le village de La Brigue au coeur des montagnes du haut pays niçois, un petit oratoire sur une rue. Dans cet oratoire, un petit cadre de bois avec une gravure de la Vierge de l’Assomption en assez mauvais état.

En regardant de plus près plusieurs détails attirent notre attention : la Vierge ressemble beaucoup au groupe processionnel de la chapelle des pénitents bleus, sous l’image se trouvent les armoiries de la ville de Nice, et en arrière plan on distingue la place Garibaldi et la chapelle du St Sépulcre au centre.

On prend une chaise pour accéder à l’oratoire et on découvre que la gravure en question est sans aucun conteste une pièce d’histoire de notre confrérie d’autant plus précieuse qu’elle n’est pas présente dans nos propres archives.

A La Brigue personne ne se doute du lien entre cette image et la chapelle des pénitents bleus, ni le propriétaire ni les passants qui la voient au quotidien. Pour le propriétaire, l’image était là quand il a acheté la maison, il l’a laissée. Il a pu constater qu’elle se dégradait de plus en plus, mais il n’imaginait pas qu’elle puisse avoir de la valeur. Pour les passants l’image était tellement dégradée qu’ils ne distinguaient plus vraiment ce qu’elle représentait.

La structure de cette Assomption correspond parfaitement au groupe processionnel des pénitents bleus qui lui a probablement servi de modèle. Sous l’image, en plus des armoiries de Nice, se trouvent trois phrases : « MARIA ASSUNTA IN CIELO », « Speciale patrona di Nizza » et « Voto pubblico del 1852 ». Ces indications nous donnent plusieurs éléments précieux, en particulier la date de 1852, la gravure datant vraisemblablement de cette époque.

La Vierge s’élève dans le ciel au dessus de la place Garibaldi qui ne portait pas encore ce nom et dont on découvre l’état au moment de la réalisation de la gravure. En arrière-plan la colline du château avec les ruines de la forteresse d’une part, le quai St Sébastien avec de grands arbres d'autre part, et la coupole de la cathédrale au loin. Cette image est d’abord un témoignage du XIX° siècle concernant l’urbanisme de cette partie de Nice.

Maintenant proposons une hypothèse concernant l’origine de cette image.

Notons d’abord que la date de 1852 correspond au tricentenaire du vœu des consuls de Nice en hommage à la Vierge du Sincaïre. La présence des armoiries de la ville de Nice (et non pas les armoiries de la confrérie des pénitents bleus) suppose que cette image est une commande des autorités communales elles-mêmes. Les mentions écrites évoquent évidemment un renouvellement du vœu qui place Marie comme « patronne spéciale de Nice ». Il faudrait maintenant vérifier dans les sources écrites pour trouver trace d’une cérémonie de renouvellement du vœu municipal à la Madone de Sincaïre en 1852, et préciser ainsi le contexte d’édition de cette image. Il convient aussi de vérifier si des images identiques se trouvent dans les fonds d’archives de Nice.

On sait que le groupe processionnel de l’Assomption qui se trouve dans la chapelle du St Sépulcre date vraisemblablement du XIX° siècle. On sait aussi qu’il n’y a pas trace du paiement de cette œuvre dans les archives comptables de la confrérie. On peut donc imaginer que cette statue a probablement été payée par la Ville de Nice pour commémorer le tricentenaire du vœu de 1552. L’image que nous avons trouvée doit avoir été imprimée pour garder trace d’une célébration au cours de laquelle la statue représentée ici a été exposée au public, placée dans la chapelle des pénitents bleus et évidemment bénie. Encore une fois il s’agit désormais d’étayer tout cela par une recherche dans les archives.

La première fois que nous avons pu repérer cette gravure à La Brigue et cerner son importance remonte au mois de novembre 2001. Durant 7 ans nous avons suivi l’évolution de l’état de ce document. Convaincus que l’humidité et le gel menaçaient l’intégrité de l’image (des dégradations évidentes sont apparues), nous avons expliqué au propriétaire de l’oratoire son importance aux yeux des pénitents bleus. M. Michel Ivaldi nous a alors offert le document en nous demandant de le mettre à l’abri dans nos archives. En contrepartie, et pour ne pas laisser l’oratoire « inhabité », nous lui avons offert une grande image de St Antoine de Padoue que nous possédions et qui correspondait parfaitement aux proportions de la niche. Les passants sont ravis de découvrir la nouvelle image car l’ancienne, très abîmée, n’était plus visible. Un jour nous pourrons probablement placer une copie de la gravure dans l’oratoire pour perpétuer le culte inattendu rendu à la Vierge du Sincaïre dans ce village.

Aujourd’hui la gravure est sauvée, il s’agit maintenant de la faire restaurer et de mener les recherches historiques nécessaires pour établir les circonstances exactes de sa réalisation.

Les pénitents bleus remercient Michel Ivaldi pour sa générosité. Il convient aussi de remercier la personne, dont nous ne savons pas le nom, qui a déposé cette gravure dans l’oratoire et l’a ainsi léguée à l’histoire.

Sébastien RICHARD

Prieur de la Société du St Sépulcre

Docteur en histoire

mercredi 9 décembre 2009

Accueil de la Mission Catholique Polonaise


Le 1er novembre dernier le père Bronislaw Rosiek, aumônier de la Mission Catholique Polonaise pour le diocèse de Nice, et le frère Sébastien Richard, prieur de la Société du Saint Sépulcre, ont signé une convention en vue d'ouvrir la chapelle des pénitents bleus à la communauté polonaise de Nice pour ses offices dominicaux.

Les pénitents bleus se réjouissent d'accueillir dans leur lieu de culte une communauté catholique qui s'y réunira régulièrement pour célébrer l'eucharistie. Par cette ouverture les pénitents souhaitent montrer que l'accueil est une qualité qui nait de la charité à laquelle ils s'engagent.

Dans son allocution au cours de la messe de la Toussaint le prieur a remercié les membres de la Mission Polonaise d'avoir choisi cette vénérable chapelle pour s'y établir. Il a rappelé l'importance de cette église dans l'histoire de la cité de Nice, puisqu'elle commémore le siège de 1543 au cours duquel les Niçois se sont confiés à la protection de la Sainte Mère de Dieu.

Le prieur a aussi évoqué la richesse spirituelle de la nation polonaise et fait mémoire de Jean-Paul II "pape exemplaire, qui reste cher au coeur des pénitents bleus et de tous les catholiques" qui fut un "fils de ce peuple qui a affronté les totalitarismes du XX° siècle en trouvant force et courage dans sa foi".

Enfin Sébastien Richard a rappelé que son prédécesseur, le frère Oreste Galiano a toujours voullu que cette chapelle soit ouverte le plus largement possible à des groupes chrétiens car, disait-il, "une chapelle est faite pour prier, si elle est fermée elle ne sert plus à rien!"

La Mission Catholique Polonaise assurera donc désormais chaque dimanche à 19h30, dans la chapelle du St Sépulcre, une messe en langue polonaise.

Qu'est-ce qu'un pénitent bleu?

Rechercher dans ce blog