mardi 2 juin 2009

A propos des élections européennes



Dimanche prochain nous sommes appelés à nous rendre aux urnes pour élire nos députés au Parlement Européen. A l’approche de cette échéance je me demande si les Pénitents Bleus ont une sorte de «conscience européenne».

Si je me penche sur les habitudes de mes confrères je constate que nous éprouvons notre rapport à l’Europe dans nos liens réguliers avec l’Italie voisine. Nous faisons souvent notre marché à Vintimille ou à Cuneo, nous achetons à l’occasion nos cigarettes ou nos bouteilles d’apéritif dans les échoppes frontalières. Le vin que nous servons pour la fête de l’Epiphanie est bien sûr du vin d’Asti. Nous entretenons des liens d’amitié avec des pénitents ou des confréries du Piémont ou de Ligurie. Certains de mes confrères ont des patronymes qui ne cachent pas leurs origines « transalpines ». Si vous me parlez des instants de bonheurs simples que nous partageons, il faut évoquer les cafés partagés à Dolceacqua ou à Triora, des petits gâteaux de chez Audisio à Borgo-San-Dalmazzo que l’on déguste en terrasse à quelques pas de la vénérable église abbatiale. Quand nous chantons, après Nissa la Bella il y a toujours une place pour le Mazzolin dei fiori ou pour Piemontesina Bella. Le pèlerinage du 26 juillet à Santa Anna di Vinadio est un moment très apprécié par les confrères qui ont le courage de s’y rendre. En règle générale aller à la messe en Italie réjouit souvent nos âmes et réveille notre ferveur grâce à un je ne sais quoi de vrai, d'authentique, de vivant que nos églises ont parfois perdu. Et puis à la sortie de la messe, dans un café, on ouvre un quotidien dans la langue de Dante que l'on commente aussi naturellement que le Nice-Matin. Nous sommes de deux histoires et de deux cultures. Notre chapelle d’ailleurs se trouve sur une place qui porte le nom d’un héro du Risorgimento s’il en est, Garibaldi, né à Nice mais Italien avant d’être Niçois.

Je ne vous parle donc pas ici d’une Europe des grands principes, d’une entité politique un peu lointaine, je vous parle de l’Europe du quotidien. Cette Europe qui nous permet sans entrave administrative de flâner à Bordighera un dimanche matin ou de participer au festin de Vernante. Celle là même qui réconcilie les Niçois que nous sommes avec leur histoire. L’annexion de Nice par la France en 1860 et les évènements qui suivirent nous coupèrent d’une partie de notre âme (à titre personnel d’une partie de ma propre famille), celle qui est restée au Piémont ou en Ligurie. Aujourd’hui cette Europe en construction nous permet de sentir et d’éprouver que nous sommes décidément moins loin de Turin que de Paris, elle me permet de vivre mon histoire plutôt que de la rêver.

Est-ce que nous Pénitents Bleus nous nous sentons européens ? Je ne sais pas trop… Ce que je sais c’est que grâce à l’Europe nous vivons la réconciliation de nos deux identités et que tant que nous vivrons ce plaisir d’avoir un pied de chaque côté de l’ancienne frontière nous travaillerons humblement pour la paix entre les peuples, une idée à l’origine même de la fondation de l’Europe lorsque le Traité de Rome a été signé.





Sébastien RICHARD

prieur de la Société du Saint Sépulcre

Qu'est-ce qu'un pénitent bleu?

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