jeudi 31 juillet 2008

Bref historique de la Société du St Sépulcre selon le Chanoine Théodore Giaume




CONFRÉRIE DU SAINT - SEPULCRE


CHAPELLE DES PENITENTS BLEUS


Place Garibaldi à Nice





La Confrérie des Pénitents Bleus remonte au XVe siècle, plus exactement, selon Mgr Galvano, au mois de février 1431. Derrière les brouillards qui les dérobent à nos regards, ces temps lointains nous semblent calmes et comme endormis ils étaient, au contraire, très agités. Et, tout particulièrement, l’époque qui vit naître, dans notre couvent de St-François, la Confrérie du Saint-Sépulcre.
Les pauvres gens se plaignaient de la lourdeur des impôts et de la gabelle; mais, dans ces premiers mois de l’année 1431, nos pères protestaient surtout contre les six mille florins dont le pays avait été imposé à l’occasion du prochain mariage de Marie de Savoie avec le Duc de Milan. Ils avaient aussi des griefs politiques. Si, en 1388, on s’était donné à la Maison de Savoie, c’était dans l’espérance de trouver dans le Duc Amédée un puissant protecteur qui assurerait la paix et le pain. Or, on était toujours en guerre et on ne mangeait pas tous les jours à sa faim. Et puis, les fameux statuts, que le Duc aux Mains Blanches venait de promulguer, n’avaient point maté les nobles et les marchands. La lutte continuait entre les puissants et les petits, les premiers représentés par les Seigneurs et les riches marchands, les seconds par les artisans et les laboureurs. Or, les petits ne parvenaient, pas plus qu’avant les statuts, à se faire représenter parmi les Quatre Consuls, Il en était de même pour l’élection des Huit et pour celle des Quarante.
Au point de vue religieux, la situation ne se présentait pas sous de plus riantes couleurs. On sortait à peine du Grand Schisme d’Occident et on s’en ressentait encore. Les Niçois, d’un peu plus de trente ans, se souvenaient d’avoir rencontré au Château, en 1405, et l’année suivante, après sa déplorable équipée de Rome, l’antipape Aragonais, Pierre de Lune, qui les avait bénis sous le nom de Benoît XIII.
Si on jetait les yeux un peu plus loin, sur la France, c’était la guerre civile en permanence. Les Armagnacs et les Bourguignons s’entre-tuaient férocement et Jeanne d’Arc, dans sa prison de Rouen, attendait son bûcher.
L’heure était donc orageuse partout. A Nice, en particulier, un vent d’insurrection soufflait dans les cœurs. Les Grimaldi, principaux artisans et bénéficiaires de l’acte de dédition, fomentaient la révolte contre le Duc de Savoie. Bientôt, toute la vallée de Massoins, qui leur appartenait, prendra feu pour les Angevins au cri de « Viva lo Rey Loy ». La révolution éclatera aussi à Nice et sera payée de quinze têtes et de bannissements. Et c’est parce que l’horizon était sombre de tous côtés, que les fils de St-François conseillèrent à des Niçois, venus leur demander aide et conseil, de former une confrérie du Saint-Sépulcre en se mettant sous l’égide de la glorieuse Vierge de l’Assomption et, comme il existait déjà une confrérie des Pénitents Blancs, d’adopter la couleur bleue qui est celle de l’azur où règne la Vierge des Cieux.
Ils auraient aussi à méditer sur le mystère de la Passion du Sauveur, à garder jalousement dans leur âme le frémissement que les Croisades avaient communiqué à la Chrétienté et à s’encourager mutuellement à rester unis dans le même amour du Christ Rédempteur. C’est, sans doute, dans le couvent de notre place St-François devenu, tour à tour, par les vicissitudes de l’Histoire, Mairie et Bourse du Travail, que se tinrent les premières réunions. Mais, lorsque trente ans plus tard, les frères mineurs de l’Observance furent invités par la Duchesse de Savoie, Anne de Lusignan, à s’installer dans notre quartier de la Croix de Marbre, les Pénitents Bleus se hâtèrent de les y rejoindre. D’ailleurs, ils eurent bientôt une chapelle à eux dans la rue « Celleya », dans ce bloc de maisons qui réunit de nos jours un bureau de poste et une entreprise de pompes funèbres.
Puis, comme le Lazaret destiné aux lépreux, qui se trouvait sur les bords du Paillon, près de notre rue Paradis, devint vacant, faute de lépreux, et qu’il fut transformé, en 1596, en hospice pour orphelines, la confrérie des Pénitents Bleus en accepta le patronage et s’y dévoua pendant deux siècles.
Nos Pénitents veillèrent, en effet, sur les orphelines niçoises jusqu’en 1763, année où le Souverain savoyard confia les enfants à l’Hospice de la Charité, Ils durent pourvoir ensuite à l’instruction et à l’entretien des nouveaux convertis au catholicisme. Continuée jusqu’en 1792, l’œuvre fut reprise après 1815, mais avec des moyens fort diminués par la vente des biens nationaux et n’eut plus raison d’être après l’annexion.
Quant à leur chapelle de la rue « Celleya », les Pénitents Bleus ne la quittèrent que, juridiquement contraints et forcés, en 1784, par une Ordonnance du Sénat. En se soumettant à cette décision qu’ils avaient probablement sollicitée, les Pénitents Bleus allaient collaborer à un plan d’embellissement de la Cité que l’Autorité avait déjà conçu. En effet, dès l’année 1764, le gouvernement du roi de Sardaigne avait songé à panser les plaies qu’en 1706, en pleine guerre de la succession d’Espagne, avaient été causées par l’explosion du Château. Entre autres travaux, il ordonne, cette année-là, la réparation de Notre-Dame de Sincaire ou des Cinq-Caïres, ainsi appelée d’une tour, à cinq angles, voisine. Elle avait été construite, dans les temps anciens, par la Ville, sur le rempart qui entourait la Cité au nord, près de l’église St-Augustin. Comme la Cathédrale du Château, comme l’église franciscaine de Cimiez, comme la chapelle de la rue « Celleya », elle était dédiée à L’Assomption de la Vierge et, chaque année, la ville de Nice, représentée par ses magnifiques Consuls, ayant offert vingt livres de cire blanche, y célébrait le 1 5 Août, l’anniversaire votif de sa délivrance des Turcs, en 1543.
La vénérable chapelle avait été, sans doute, fort secouée par l’éclatement des mines du Maréchal Bercwick, cet Ecossais au service de Louis XIV, mais ses assises étaient solides et elle tenait bon. L’année précédente, on y avait encore solennisé la fête de l’Assomption où nos Consuls, à en croire nos archives municipales, avaient reçu quinze superbes bouquets, savouré les tourtes de blette que, derrière leurs grilles, leur avaient préparées les austères Clarisses et s’étaient rafraîchis avec l’ « eau de citron » dont les filles de Ste Claire avaient agrémenté les tourtes rondes.
Or, en 1769, nos édiles s’aperçoivent que la rue de Piémont, qui vient d’être ouverte, devait s’épanouir à son arrivée à Nice en une grande place rectangulaire qui lui ferait une belle perspective, surtout si elle était décorée et comme réjouie de plantes, d’arbres et de fleurs. Lentement le dessin primitif se complète et se perfectionne. On entourera la place de maisons régulières, bâties sur arcades, comme à la Place Royale de Paris, et l’on construira une chapelle vis-à-vis de la rue de Piémont, dont la façade comportera un balcon ou loggia destiné, les jours de grandes cérémonies, aux Consuls et autres officiers municipaux. Le plan est de l’architecte Antoine Spinelli. Il le propose en janvier 1782 au Marquis de Marzano, gouverneur de la ville et de la Cité, qui l’approuve quelques jours après. Pour hâter la construction des maisons dont le plan doit, au préalable, être soumis à l’approbation des autorités, le roi de Sardaigne cède aux Religieux Augustins le terrain qui monte de la Porte Pairolière à l’oratoire Sincaire. Mais qui édifiera la chapelle? Les Religieux se dérobent leur église et la chapelle Sincaire leur suffisent. La municipalité décline l’offre, ses finances étant à bout de souffle.
On songe alors à la Confrérie du Saint-Sépulcre. Aussi bien, son oratoire de la rue « Celleya » gênait-il la transformation de ce coin de la ville. Il n’y avait qu’à leur en imposer la vente, et c’est ce que fit le Sénat. Les Pénitents Bleus vendirent donc, pour trente mille livres, en monnaie française, leur vénérable chapelle à Caïs de Giletta, reçurent de la Ville le terrain que les Religieux avaient cédé en échange de celui sur lequel s’élevait la chapelle Sincaire et chargèrent en 1782, le maître-maçon Antoine Laurenti, de construire leur nouvelle chapelle avec, selon qu’il avait été stipulé, les matériaux de N.-D. de Cinq-Caïres. Ils réussissaient même à arracher aux Pères Augustins une bande latérale de terrain, sur laquelle s’avançait un mur du couvent, afin d’y appuyer leur maître-autel.
Au commencement de l’année 1784, ils peuvent enfin signer l’acte de réception de chapelle que leur livre Antoine Laurenti contre lequel, pour le dire tout de suite, us engageront un procès qui durera une bonne trentaine d’années mais, pour le moment, ils ne songent qu’à déménager leur ancien oratoire de la rue « Celleya » et la chapelle Sincaire. C’est pourquoi la façade de la nouvelle chapelle retient quatre boulets en fer dont la flotte turque, en 1543, avait troué les murailles de Sincaire et garde, entre le linteau de la porte et les Armes de la Cité, la pierre où nos pères avaient gravé leur vœu à la Vierge, et tandis que la sacristie s’enorgueillit d’abriter la vieille statue de Notre-Dame que nos pères vénéraient déjà dans l’antique chapelle et une statuette de St Sébastien, protecteur de la Cité et patron d’une chapelle sur les bords du Paillon, dont rien ne garde la mémoire, sinon une plaque de quai et la piété de nos Pénitents.
La Confrérie du Saint-Sépulcre est donc l’héritière du plus lointain passé religieux de la Ville de Nice. Devant les images pieuses, qu’elle propose à notre respect, se sont inclinés nos ancêtres du Moyen Age qui y Ont déposé le baiser de leur foi ardente. Elles sont donc chargées et comme imprégnées de leur tendresse et des émotions de leur cœur. Ces reliques, entre toutes, vénérables, les Pénitents Bleus ne se Sont pas bornés à les garder de toute profanation. Pénétrés du bienfait qu’elles nous apportent et du devoir qu’elles nous enseignent, ils s’appliquent, dociles à la pensée de nos pères, à dégager l’un et l’autre pour le plus grand bien de la Cité et l’accroissement du culte divin.
Leur tâche est donc noble et désintéressée. Et, pour cette raison même, utile entre toutes. Dans une société qui, sous des drapeaux ennemis, se rue vers le même matérialisme, l’œuvre de la Confrérie, fidèle à l’Eglise et à l’étoile de son berceau, travaille à la paix des esprits et à l’avènement du Royaume de Dieu.
Elle mérite donc qu’on l’aide et qu’on s’y associe. Car, plus nombreuse, son action sera plus efficace. Et ses rangs sont ouverts, dans sa double section d’hommes et de femmes, à tous ceux qui, épris de nos traditions locales et respectueux des lois de l’Eglise et de ses propres statuts, veulent travailler à faire régner plus d’amitié parmi les hommes et plus de douceur.

Nice, Assomption 1955.
Chanoine Th. GIAUME,
chapelain de la Société du St Sépulcre.

dimanche 6 juillet 2008

Oreste Galiano



Dans le cadre de la réflexion synodale qui anime le diocèse de Nice, notre évêque a souhaité mettre en exergue l'exemple de quelques personnes qui ont rendu témoignage au Seigneur par leurs actions et leurs engagements. La confrérie des pénitents bleus est fière et honorée d'annoncer que leur regretté prieur Oreste Galiano a été retenu parmi ces "témoins du Christ dans les Alpes Maritimes". Une biographie d'Oreste, basée sur le recueil de témoignages de personnes l'ayant connu, a été jointe au livret publié par le secrétariat du synode.


Nous remercions chaleureusement ceux qui ont rédigé ces témoignages. L'exemple d'Oreste demeure pour tous les pénitents bleus un chemin de vie et d'espérance, qu'avec l'aide de sa prière nous soyons capables de le suivre et de poursuivre son oeuvre.

Qu'est-ce qu'un pénitent bleu?

Rechercher dans ce blog